Est-ce vraiment utile d’installer des ruches en ville?

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Vantées pour la qualité de leurs miels, les ruches sont plébiscitées par les professionnels et les particuliers. La ville peut néanmoins devenir un territoire hostile aux abeilles.

Depuis le milieu des années 1990, tous les grands centres urbains bourdonnent: Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille et d’autres encore. Les municipalités et les citadins se laissent alors séduire par les ruches.
A priori, ces dernières ont un effet positif en ville. Les abeilles entretiennent la biodiversité citadine, butinent dans les espaces verts et sur les balcons des particuliers. Selon l’Union national des apiculteurs de France (Unaf), « la température légèrement supérieure en ville et les cycles de floraison plus courts permettent aux abeilles de faire du miel plus régulièrement. »

Sauver des abeilles menacées de disparition

En 2005, l’Unaf lance le projet « l’abeille, sentinelle de l’environnement » pour sensibiliser et familiariser le grand public aux dangers que rencontrent ces pollinisateurs menacés de disparition. En France, professionnels et particuliers ont la possibilité d’installer des ruches. Cette souplesse peut pousser certains à installer des ruches chez eux sans savoir s’en occuper, ni penser aux conséquences. Il est obligatoire de déclarer ses ruches et de respecter les distances de sécurité en fonction de son lieu d’habitation (écoles ou hôpitaux à proximité, distance avec les voisins). Dominique Cena a installé ses premières ruches en 2000. Cet habitant du Val-de-Marne a suivi une formation d’un an au jardin du Luxembourg avant de devenir propriétaire de plusieurs ruches en banlieue parisienne. Pour lui, l’absence de pesticides dans les communes est un point positif, car ces produits nocifs ont ravagé les pollinisateurs.

Une législation sur les pesticides durcie

Le déclin de la population des abeilles a commencé dans les années 1990. Les maladies, la monoculture intensive et l’utilisation des pesticides sont listées par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) parmi les principales causes. Une étude [pdf] réalisée en 2003 par une équipe de chercheurs français a démontré que l’imidaclopride, une substance active présente dans certains pesticides, a un impact toxique sur le système nerveux des abeilles. Une fois mise en contact avec ce dernier, l’abeille perd son sens de l’orientation, ce qui augmente ses chances de mourir. Cette substance est notamment présente dans le Gaucho, un pesticide répandu dans les champs et interdit en France depuis 2004.Depuis, la législation envers les pesticides a été durcie. En juin 2014, troisnéonicotinoïdes (la clothianidine, l’imidaclopride et thiaméthoxame) ont été jugés coupables des mêmes faits et suspendus par la Commission européenne.En 2020, la loi Labbé interdira l’utilisation de pesticides pour entretenir les espaces verts et les jardins en milieu urbain. « Un début » selon l’Unaf, qui souhaiterait voir l’interdiction s’étendre à l’ensemble des pesticides. Le syndicat estime que les abeilles assurent 80% de la pollinisation de la planète.

Des ruches en ville utiles pour la biodiversité

« La plupart des ruches installées en ville sont tenues par des particuliers qui sont des apiculteurs amateurs », affirme Jean-Jacques Schakamundes, responsable d’une boutique vendant du miel à Paris. Il possède une quinzaine de ruches disséminées dans la capitale. Allant dans le même sens, le directeur de l’association Naturama explique qu' »Il faut compter entre 300 et 500 ruches pour faire vivre un apiculteur professionnel », soit environ le nombre total de ruches de la capitale. Pour eux, les ruches en ville participent au renouvellement des fleurs, renforcent la production botanique et produisent un miel provenant de multiples variétés.

Obtenir un miel plus pur

Qu’en est-il de la qualité du miel? Selon l’association Naturama, qui a mené une étude sur la question avec le CNRS de Solaize en 2011, le miel produit en ville serait plus pur que celui de la campagne, car les abeilles sont moins exposées aux pesticides. Néanmoins, ce n’est pas parce que le miel urbain est débarrassé des pesticides que les abeilles se sentent mieux en ville.Si le miel est si pur, c’est parce que l’abeille se sacrifie. La pollution urbaine qui se dépose sur les plantes intoxique les abeilles qui les butinent. Si des agents polluants souillent le nectar, l’abeille préfèrera se sacrifier en remettant à ses congénères un miel pur (leur aliment principal), plutôt que de mettre en péril la colonie.

Des ruches néfastes pour les abeilles? 

Néanmoins, « tous les endroits ne sont pas adaptés aux abeilles », rappelle Dominique Cena. Les deux apiculteurs amateurs s’accordent pour dire que la ville n’est pas l’endroit propice à la pose de ruches. L’absence de pesticides en milieu urbain et la biodiversité qui y règne sont propices à la formation de miel de qualité mais restent néfastes pour les abeilles.Au même titre que les humains, les abeilles sont intoxiquées par la pollution rejetée par les véhicules et les industries. « Les ruches installées à l’entrée du tunnel de Fourvière [à Lyon, NDLR] n’ont pas survécu aux gaz d’échappement dégagés par les voitures », remarque le directeur de l’association Naturama. Les abeilles meurent en ville comme à la campagne. 

Publié le 4 août 2014, dans Aurélie Mutel, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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